De l’agriculture aux agricultures … un siècle de profonds bouleversements.

  lycée Rignac 4ème 2Au cours du 20ème siècle, le monde rural français et son agriculture ont connu de profondes mutations. La première moitié du siècle, marquée par les deux guerres mondiales, s’est soldée par une croissance régulière mais limitée de la production agricole, sans changement notable des structures agraires ou des dynamiques rurales depuis la fin du 19ème siècle. Les décennies suivantes, au contraire, ont été soumises à des bouleversements radicaux conduisant à une métamorphose de l’agriculture dont une des conséquences majeures est la division par cinq du nombre d’actifs agricoles et la multiplication par trois de la taille moyenne des exploitations.
L’un des éléments déclencheurs de cette évolution reste certainement la mécanisation avec bon nombre de tracteurs payés par le plan Marshall. L’intensification et la modernisation étaient lancées : utilisation des engrais, sélection animale et végétale, meilleure formation des jeunes au travers de la JAC et de l’enseignement agricole. Tous les efforts vont converger vers la productivité, et l’autosuffisance alimentaire est très vite atteinte. La voie de l’exportation plutôt que la limitation de la production est choisie et l’agriculture devient une richesse nationale de premier plan. Les lois d’orientation de 1960 et de 1962 vont permettre d’adapter les structures aux directives de la Politique Agricole Commune. On assiste progressivement au développement de la grande distribution, de l’agrofourniture et à la naissance de nombreux organismes para-agricoles. Les rendements explosent dans bon nombre de secteurs.
Pour écouler ses excédents, l’Europe développe les échanges sur le marché mondial, en adhérant au GATT en 1975, puis à l’Organisation Mondiale du Commerce. La France devient le deuxième exportateur mondial de produits agricoles. Mais ces nouveaux flux ne suffisent pas à absorber tous les excédents et une limitation des productions est imposée, notamment avec les quotas laitiers et la mise en jachères des terres. La PAC s’oriente alors vers des aides directes au revenu plutôt que vers le soutien des prix.
La fin des années 90 et le début des années 2000 sont marquées par une crise de confiance de la société (vache folle, poulet à la dioxyne) envers un système agricole qu’elle a pourtant fortement contribué à mettre en place. La sécurité alimentaire, le respect de l’environnement et le bien-être animal deviennent des priorités. Le consommateur exige traçabilité et qualité et demande aux agriculteurs de produire autrement. On parle alors de diversification et d’agriculture raisonnée. Les signes officiels de qualité se multiplient. Quant à la PAC, elle instaure le découplage des aides avec les DPU et met l’accent sur la protection de l’environnement. L’Europe instaure un second pilier axé sur le développement rural. On a enfin pris conscience que les agriculteurs ne sont pas seulement des producteurs mais aussi des acteurs du territoire et de son développement !
Et aujourd’hui, où en sommes nous ? Quels rôles et quelle place pour l’agriculteur et pour l’agriculture ? Ou plutôt, pour les agricultures. En effet, on ne peut plus parler d’un modèle agricole unique mais de tendances qui se dessinent et qui se concrétisent au gré des contraintes et des besoins locaux, nationaux voire mondiaux. Le métier est plus complexe, plus exigeant, certainement plus motivant pour certains ou plus décourageant pour d’autres.
En ce début de 21ème siècle, de nouveaux enjeux sont apparus tandis que d’autres semblent immuables. La priorité de l’agriculture, même si on l’oublie parfois dans notre société de consommation, reste et restera la suffisance alimentaire des populations. Mais où se situer ? Le problème est devenu global et planétaire. Pourra-t-on assurer cette mission avec l’explosion de la démographie sur certains continents et les évolutions des modes de consommation ? La viande, forte consommatrice d’énergie, ne sera certainement pas destinée à tous. Selon la FAO, il faudrait augmenter la production agricole de 50 à 70 % d’ici à 2050 pour faire face aux nouveaux besoins. Cela passe par la réduction des gaspillages, par la mobilisation optimale des ressources naturelles et par l’amélioration de la gouvernance mondiale de l’agriculture.
Un autre enjeu consiste à repenser les systèmes de production pour une agriculture durable, davantage respectueuse de l’environnement et des écosystèmes. Dans le secteur primaire, la consommation d’énergie n’a cessé de croître ces cinquante dernières années mais des pistes montrent qu’il existe des moyens de réduire les besoins et que l’on peut produire de l’énergie en valorisant la biomasse. Ce problème est en interaction directe avec les changements climatiques qui pointent. Il est vrai que l’agriculture contribue à émettre des gaz à effet de serre dans l’atmosphère mais c’est aussi l’un des rares secteurs capable d’atténuer les changements en stockant du carbone dans le végétal et dans le sol. En parallèle, cette agriculture durable doit améliorer la qualité sanitaire des produits. Reste à connaître les impacts sur les coûts de production et l’adéquation qui pourra se faire entre exigences du consommateur et capacités de paiement.
Il semblerait justement que les liens entre producteurs et consommateurs se soient resserrés depuis le début des années 2000. Le tourisme rural, l’accueil à la ferme, la vente directe, le développement des marchés de producteurs, la recherche de l’authenticité des produits en témoignent. Cette agriculture paysanne, que l’on oppose parfois au modèle intensif, apparaît comme une opportunité pour redynamiser la vie locale. Mais, plus largement, il est urgent de reconsidérer le rôle de l’agriculteur et de constater qu’il participe activement à la vie des territoires et à la gestion des paysages. Redonnons lui sa place et reconnaissons ses savoir-faire !
Dans le monde rural du 21ème siècle, les initiatives personnelles, quelle qu’en soit leur origine, doivent se multiplier pour le bien commun dans un esprit de solidarité et de respect. Deux valeurs que les paysans ont toujours su véhiculer. C’est dans ce monde que nous trouvons nos racines, plus ou moins profondes, et nous en avons besoin pour nous nourrir mais pas seulement… Elles sont un point d’ancrage et contribuent à notre stabilité. A nous de ne pas les couper !

 

 

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